2.13pm - Art Contemporain2.13pm - Art Contemporain
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Aurélie BRAME - Regard

To be continued : point d'inflexion d’une oeuvre-équation

J’entre. La pièce est plongée dans un clair-obscur saisissant, un peu irréel et très vibrant. Je n’arrive pas à m’expliquer cette sensation de calme associée à un voile de mystère. Je finis par en trouver l’origine dans la lumière intense et douce, enveloppante et tranchante provenant d’une source inhabituelle. Cette lumière est comme habitée et habille le lieu pour révéler l’histoire des gens qui passent.

  • Etes-vous avec moi ?
  • Etes-vous dans la même peinture que moi ?

Bien sûr qu’il s’agit de peinture. Comment une telle intensité d’huis-clos aurait-elle pu surgir sans la composition du peintre ? Anne Guillotel renouvelle sa narration du temps, de l’espace et de l’infini dans une série d’oeuvres plus « lynchéennes » les unes que les autres. On pense aussi à Rembrandt et Vermeer pour la capacité à faire surgir la lumière de manière contrôlée, de points inattendus, conférant à l’oeuvre l’intensité du vivant tout en déplaçant le sujet au-delà de sa propre existence. On est dans un condensé de temps : l’avant, le pendant, l’après sont réunis par un tour de passe-passe lumineux auquel on ne comprend rien et dont on ne peut saisir que le résultat. Trouver le point de passage, le point d’inflexion, voici l’enjeu si cher à notre peintre: concentrer dans une oeuvre-équation le théorème du temps.

Avec To be continued Anne Guillotel nous offre une proposition, une amorce, que nous devons nourrir, poursuivre, alimenter pour que l’histoire ne se ferme pas, pour que ce qui était avant puisse exister dans l’avenir. Nous sommes à mi-chemin entre deux choses, dans un lieu où tout peut se déterminer. Nous sommes dans l’ordre de l’intime, de la relation amoureuse, de l’abandon, de quelque chose de profondément humain.

Le lien entre chaque tableau de la série s’établit grâce à la lumière. Dans la quasi-totalité des oeuvres précédentes ce lien existait déjà, mais il était matériellement représenté, alors qu’il est ici devenu quasiment virtuel. Une trace physique subsiste malgré tout dans certaines scènes, comme si Anne Guillotel souhaitait non seulement mettre en exergue la cohérence entre les oeuvres de son travail actuel mais aussi avec celui d’avant. Le temps, encore le temps, toujours le temps : il lui échappe, elle le capte ; il se joue d’une scène, elle le fixe tout en le laissant voler dans l’air. Le temps devient le bon génie, enfermé dans la lanterne magique de la peinture, tout prêt à ressurgir si un oeil curieux vient à s’y frotter, pour lui révèler une part de lui-même.