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Inversion des pôles
La couronne d'une déesse flotte dans le bleu aquatique d'un ciel transformé en une mer où les courants chauds et froids s'entremêlent. Avec volupté notre déesse à la peau diaphane se laisse emportée dans les bras d'un sombre guerrier. Pièce maîtresse d'Arnaud Franc, « Corps Céleste » est la sensible évocation de l'enlèvement d'Europe, elle nous dévoile avec force les jeux de couleurs et de contours auxquels l'artiste s'adonne depuis toujours. Même impression sensuelle, même effet de raccourci pour ce danseur et cet athlète dont on ne voit plus que la main, plus que la courbure, plus que le geste fort et lourd.
Peau, torse, membres exagérément grands ou délicatement miniaturisés, torsion, déplacement, opposition, forment la structure d'une peinture où les rapports de dimension s'inversent. S'ajoute à ces changements d'échelle une combinaison des couleurs qui donne naissance à des portraits ciselés, emprunts de douceur et de félicité. Arnaud Franc nous égare entre ciel et mer, entre haut et bas, entre air et feu, entre incarnation et évocation.
Avec les modèles qui se prêtent à ses yeux il parvient à créer une alchimie qu'il projette sur le papier et la toile : si le modèle est trop mobile, Arnaud Franc le fige ; s'il prend la pause, il gonfle son trait d'énergie pour provoquer le mouvement. Le choix du papier dans sa texture et dans sa teinte va conditionner les perspectives ramassées ou étirées, les élongations ou le tassement des corps, les associations de couleurs et de techniques, pastel, crayon, acrylique. L'espace ainsi construit prend le contre-pied de la réalité. Arnaud Franc inverse les pôles pour nous donner une belle leçon de portrait revisité.
