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Un monde mutant
Le rapprochement de la peinture de Rafael Grassi-Hidalgo avec un monde virtuel, électronique, peuplé de puces et de processeurs provient des multiples réseaux, quadrillages, espaces fixes et zones tampons qui structurent son espace de représentation. Nous sommes ballotés entre deux eaux, entre deux univers, l’un réel, l’autre imaginaire, à moins qu’il ne s’agisse du même. Comment le définir alors ?
Sa peinture est bien réelle : elle est matière, transparence, couleurs appuyées, contours délimités, solidement composée et d’une grande stabilité. La sensation d’étrangeté vient plutôt des liens créés entre les espaces ou plus précisément des liens matérialisés entre les espaces, comme si Rafael Grassi-Hidalgo cherchait à figurer l’infigurable, à concrétiser les flux entre les différents points de son tableau. Devient alors figuratif le non-figuratif et immatériel ce qui relève par essence du matériel.
Voilée, la femme devient une sorte d’objet, d’icône irréelle. Tracés sur la toile, les vibrations atmosphériques, les courants électriques, les puissances magnétiques s’incarnent, se matérialisent. Nous sommes bien dans le même monde, mais dans un monde en mutation, où les formes habituelles se transforment, où l’être se confond avec le non être, le réel avec le virtuel, un monde où les ondes magnétiques prennent une place si prépondérante que nos sensations et nos comportements en sont parfois troublés. Ce monde là, tel que représenté par Rafael Grassi-Hidalgo, n’est cependant pas totalement inquiétant. Les teintes douces réconfortent, les touches claires allègent les tracés plus fermes, la construction régulière et lisible rassure. Ce monde mutant ne manque ni de douceur, ni d’équilibre, ni de poésie. Il est juste un monde en devenir proposé au regard de chacun.
